Election Présidentielle 2020: Potentialités des différents candidats
Le 22 février prochain, les Togolais vont prendre d’assaut les bureaux de vote afin d’accomplir leur devoir civique. La réussite de ce processus électoral en cours au Togo, va consolider les acquis démocratiques dans ce petit pays, surtout que pour une fois, le Togo va à une présidentielle à deux tours, conformément aux modifications constitutionnelles apportées au texte fondamental le 08 mai 2019. Au total, sept candidats ont été retenus pour competir au premier tour fixé au 22 février de ce mois. Ces personnages sont : Mouhamed Tchassona Traoré, Professeur Komi Wolou, Docteur William Kouessan, Faure Gnassingbé, Professeur Aimé Tchabodé Gogué, Jean Pierre Fabre et Agbéyomé Kodjo Messan. Scrutons ensemble la biographie de chacun de ces candidats et, dans la mesure du possible, ressortir quelques éléments de fond relatifs à leurs forces et faiblesses.
Mouhamed Tchassona Traoré

Il est né en 1960 à Sokodé. Le Président de l’Union internationale du notariat avait été membre du PDR de Zarifou Ayéva dont il était un proche collaborateur. Il est le président fondateur du Mouvement Citoyen pour la Démocratie (MCD) qui l’a désigné pour le représenter à cette présidentielle. Chevalier de l’Ordre du Mono, il est membre actif ou d’honneur de plusieurs associations et mouvement de défense des droits de l’homme à l’échelle continentale et internationale.
En 2015, il avait déjà postulé pour la présidentielle de cette année et obtint un score très faible. Aujourd’hui, il croit fermement que le paysage politique togolais a beaucoup évolué et s’attend de voir une majorité de Togolais lui faire confiance. Son programme de société est basé sur une totale rupture d’avec tout ce que les Togolais ont connu jusqu’ici. L’honnêteté, la rigueur dans la gestion de la chose publique et la disparition de l’Etat providence, sont ses principales motivations.
Forces : il peut compter sur le vote de la communauté Tem qui a souvent exprimé ses désaccords avec le pouvoir actuel et qui aurait voulu voter pour un Tikpi Atchadam si celui-ci se portait candidat à cette présidentielle. Mais on se demande si monsieur Traoré pourrait remplacer valablement son alter égo de Kparatao au point de bénéficier d’un vote massif de cette communauté ?
Faiblesses : Ce candidat ne semble véritablement pas avoir l’audience qu’il faut. Cela lui avait été signifié précédemment par son score minable lors de la présidentielle de 2015. A moins d’un miracle, il reste l’un des quatre candidats de faible poids de cette élection.
Professeur Komi Wolou

Il est l’ex Doyen de la faculté de droit à l’Université de Lomé. Il assure le secrétariat national du Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR) et a œuvré longtemps pour une unification de l’opposition, notamment en luttant dans le « collectif sauvons le Togo », le CAP 2015 et la coalition C14. Son programme est axé sur 4 points essentiels : la refondation de la nation, l’émergence d’un Etat moderne, l’épanouissement intégral de l’homme et une coopération pragmatique. Pour lui, l’espérance d’une alternance à la tête du pays passe nécessairement par la volonté du peuple. Un peuple qui, selon lui cherche à rompre définitivement d’avec le régime en place.
Forces : Depuis sa création, le PSR a brassé large en termes d’obédience. Il a plusieurs militants dans la région septentrionale et dans le grand Ogou. Celui qui est son porte flambeau aujourd’hui est assez connu pour sa bravoure, sa droiture et son sens de la justice. Ceci pourra éventuellement jouer en sa faveur lors de cette présidentielle.
Faiblesses : En termes d’audiences nécessaires pour une présidentielle, le candidat du PSR ne semble pas véritablement en être à la hauteur. En temps normal, il aurait pu s’allier à un autre candidat pour faire l’affaire. Même les étudiants de l’Université de Lomé où il officie en tant que enseignant chercheur, ne semblent pas être très enthousiasmés par sa candidature. En plus, son supposé fief de Kaboli penche beaucoup plus pour le parti au pouvoir.
Docteur William Kouessan

Né le 15 mars 1967, Dr Kouessan est l’un des rares membres de l’opposition à avoir pendant longtemps prôné l’idée d’une candidature unique de l’opposition. Mais cette candidature, il la voulait au profit d’un homme ‘’apolitique’’ autour duquel toutes les forces de l’opposition devraient fédérer leurs énergies. Mais au fur et à mesure que la date de l’élection s’approchait, combien n’a été sa déception de voir certains de ses amis d’hier aller déposer leur candidature pour la conquête du fauteuil présidentiel. Exaspéré, il se résolu à en faire autant. En termes d’audience, il est plutôt considéré comme l’un des petits poussins de la classe. Il en est conscient mais y va délibérément pour voir ce que serait exactement son poids politique lors de cette présidentielle.
Forces : en réalité, il n’en a pas réellement en raison de la tendre jeunesse de son parti. Mieux, il ne peut non plus se prévaloir d’un quelconque fief. Néanmoins, c’est un homme qui porte plusieurs visions novatrices qui peuvent convaincre un certain électorat. Ajoutons qu’il n’a pas pu se faire élire comme conseiller municipal dans son quartier de résidence, lors des locales de juin dernier.
Faiblesses : outres quelques localités de la région méridionale, le parti Santé du Peuple ne semble pas véritablement encore présent dans d’autres localités du pays, au point de s’aventurer vers cette grande épreuve qu’est une élection présidentielle.
Faure Gnassingbé

Président sortant, il avait pris le pouvoir en 2005 à la suite du décès de Feu Gnassingbé Eyadema dont il est le fils. Il est titulaire d’une maitrise à l’Université de Paris Dauphine et d’un MBA à Georgetown aux Etats Unis. D’abord député, puis ministre, il sera hissé aux plus hautes fonctions à la tête de l’Etat après des élections contestées par l’opposition. Avec une main tendue à l’opposition et la contribution de la communauté internationale, il parviendra à ramener le calme dans le pays, notamment à la suite de la signature d’un certain nombre d’accords politiques. Il créera le parti UNIR qui prend la place de l’ancien parti majoritaire le RPT. Outre la maitrise des velléités contestataires de l’opposition, le Chef de l’Etat s’évertua à faire redémarrer l’économie du pays. Avec le retour de la coopération jadis rompue, la confiance renait avec la plupart des partenaires. Fort de ces résultats, il sera réélu en 2010 avec un score de 60 %. Le second mandat sera consacré à la reconstruction du pays à travers de gigantesques chantiers de constructions d’infrastructures de toutes sortes. La stabilité économique et sociopolitique une fois acquise, le Président Faure s’est projeté vers un troisième mandat dénommé mandat social qui devrait permettre aux populations de commencer par jouir des fruits du grand labeur réalisé. Une fois encore il sera réélu en 2015 avec 58,77% des suffrages exprimés. Cette fois ci, plusieurs réformes seront effectuées aussi bien au plan politique, économique que social. Il inventera un gigantesque Plan National de Développement (PND) qui est sensé propulser très loin le Togo vers son émergence en 2030. C’est fort de ces succès que le Chef de l’Etat demanda l’avis des populations avant de postuler à la présente candidature pour l’élection du 22 février prochain. Une question se pose alors. Est-ce que le peuple va-t-il le plébisciter au regard de toutes ces réussites ou préférera-t-il une autre personne lors de ces élections. Seuls les résultats du soir du 22 février nous le diront.
Forces : ce candidat en a beaucoup. Il y a d’abord son palmarès de chef d’Etat réélu deux fois déjà. Il est assez connu des Togolais et il est à la tête du parti politique le plus implanté sur le territoire national. Ses actions durant ces quinze années à la tête du pays ont été salutaires au point de pouvoir bénéficier d’une adhésion populaire incontestable. Ce qui pourra jouer incontestablement à son avantage lors de ces élections.
Faiblesses : il n’en a presque pas si ce n’est une certaine contre-propagande que ses adversaires ne cessent de faire à son sujet concernant la longévité au pouvoir des Gnassingbé. Toutefois, la non maitrise de la corruption et quelques ratés enregistrés dans la mise en œuvre de certains chantiers, sont quelques grincements de dents entendus au sein de la population.
Professeur Aimé Tchabodé Gogué

Cet économiste est né le 1er octobre 1947 à Lomé. Il est docteur en sciences économiques et de gestion à l’Université de Montréal. Il a été député puis successivement ministre du Plan puis de l’Education nationale pendant la transition politique entre 1991 et 1993. Originaire du grand Tône, il dirige en ce moment le Parti de l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI). Son parti fut l’un des touts premiers à claquer la porte de la C14 dont il était membre. Déjà candidat malheureux lors de la présidentielle de 2015, il espère que cette fois ci, la chance pourra tourner à son avantage. Il est de ceux qui affichent clairement leur déception vis-à-vis des discordances au niveau de l’opposition qui n’arrive pas à parler d’une seule voie en raison de l’égo démesuré des uns et des autres.
Forces : outre le parti UNIR qui s’est implanté ça et là un peut partout dans la région du grand nord, cette partie est restée quasiment vierge en ce qui concerne l’opposition. Ceci dit, si le grand Tône devrait voter l’opposition, il le ferait majoritairement au profit du seul parti reconnu dans le milieu et ce sera naturellement le candidat Aimé Gogué.
Faiblesses : c’est surtout le fait d’avoir longuement focalisé ses actions au niveau du grand Tône dont il détient majoritairement les arcanes. Mais certains partisans de l’alternance ne lui pardonnent pas les révélations fracassantes sur les 30 millions à l’origine de l’éclatement de la C14. Depuis lors, cet universitaire n’a plus l’estime d’antan de la part des militants de l’opposition.
Jean-Pierre Fabre

Le président de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) est né le 2 juin 1952 à Lomé. L’ancien secrétaire national de l’Union des Forces de Changement UFC de Gilchrist Olympio avait décidé de faire cavalier seul lorsque le leader charismatique de ce parti avait décidé de prendre un certain nombre d’accords avec le parti au pouvoir. Il créera alors l’ANC qui obtint assez rapidement impressionnante audience auprès de tous les extrémistes. Avec tous ces déçus de l’UFC qui se sont rallié à lui, il deviendra le leader de l’opposition et en tant que seconde force politique du pays pendant un bref moment. Il perdra ce privilège, notamment après avoir boycotté les élections législatives de 2018. Un boycott sur fonds d’interdiction aux militants d’aller se faire inscrire sur les listes électorales. Celui qui a juré faire partir le Président Faure du pouvoir par d’autres moyens insurrectionnels que par voie électorale a passé de longues années à attendre une telle occasion mais en vain. Toutes les marches organisées par son parti pendant plusieurs années n’ont absolument rien donné. Il s’essaya à la présidentielle de 2010 puis celle de 2015 où il put s’afficher comme deuxième force politique de la place.
Forces : elles résident dans le fait d’avoir raflé une majorité des militants de l’UFC d’où il est issu. C’est aussi le fait qu’il ait pu porté pendant longtemps le flambeau du parti leader de l’opposition. Il est aussi adulé pour sa constance dans la lutte pour le changement et son dynamisme sur le terrain. Son parti a toujours été à l’avant-garde des luttes politiques et la défense de la démocratie au Togo.
Faiblesses : d’abord il y a le caractère lunatique de l’homme. Ce qui est strictement incompatible avec la plus haute fonction de l’Etat. Ensuite, ce qui fait aujourd’hui le désarroi de Fabre, c’est le fait qu’on lui substitue littéralement un candidat prétendument porteur des aspirations de l’opposition en la personne d’ Agbéyomé Kodjo. Celui là même dont le suffrage viendra élaguer de manière dramatique celui de Jean Pierre Fabre. La dynamique de Monseigneur Kpodzro semble être dirigée contre sa candidature que pour la fin du règne des Gnassingbé.
Agbéyomé Kodjo Messan

Il est né à Tokpli en 1954. Il a plutôt un palmarès reluisant, politiquement parlant. En effet, il a occupé plusieurs postes durant le règne de Feu Gnassingbé Eyadema qui l’appréciait énormément. Directeurs de plusieurs sociétés d’Etat comme le Port Autonome de Lomé, il sera également plusieurs fois ministre puis député à l’Assemblée Nationale. Il commit malheureusement une faute de lèse majesté en réclamant des réformes profondes dans le fonctionnement du Rassemblement du Peuple Togolais RPT. Ce qui lui valu la prison puis l’exile. De retour, et après le décès d’Eyadema, il créera son parti politique OBUTS qui deviendra récemment le Mouvement Patriotique pour la Démocratie et le Développement (MPDD). La grande opportunité de sa vie sera le fait que le prélat Monseigneur Kpodzro le désigne comme ce candidat capable de mener l’action de l’ensemble de l’opposition lors de cette présidentielle. Coupant ainsi l’herbe sous les pieds de Jean Pierre Fabre qui pensait être le seul à qui un tel rôle devrait revenir.
Forces : les forces de ce candidat résident en le fait qu’il ait opportunément été choisi par le prélat Kpodzro pour porter le flambeau de l’opposition dans son ensemble. A cela s’ajoute une certaine expérience de la gouvernance pour avoir travaillé pendant longtemps aux cotés du Président Eyadema. Il disposerait également d’un carnet d’adresse assez fourni aussi bien au plan continental qu’international.
Faiblesses : il y a d’abord ce passé sournois qui le rattrape et jonché d’événements malheureux. Ensuite il y a le positionnement même du candidat sur le plan politique, lui que ses collègues de l’opposition comparent à une taupe, voire un transfuge du parti au pouvoir. Bref son inconstance.
Nous espérons que cette photographie générale de chacun des candidats permettra aux électeurs de pouvoir faire judicieusement leur choix le 22 février prochain.
