Face à l’insécurité, la corruption et l’injustice sociale: De jeunes colonels osent
Mali, Guinée et puis Burkina Faso, ces trois pays ont actuellement à leur tête des hommes en treillis avec le grade de colonel. Ce qui est frappant, ce sont de jeunes officiers bien instruits, braves et ayant réussi à tenir en respects leurs doyens généraux et autres de la hiérarchie militaire. Tous ces nouveaux hommes forts évoquent comme raison du putsh le climat d’insécurité, l’injustice sociale et la corruption face auxquels les présidents civils se montrent impuissants. C’est à croire que ces putschistes disposent d’une baquette magique pour redonner espoir à leurs compatriotes. Un véritable saut dans le vide, semble-t-il.
Les incursions de ces hommes en uniforme dans la sphère politique, s’apparentent à une maladie qui se répand dans la zone CEDEAO. Et des Palais sont bien inquiets de cette nouvelle tendance qui rencontre, contre toute attente, l’assentiment des populations.
Dans les trois pays où les militaires ont déposé les présidents élus, des foules sont descendues dans les rues pour fêter l’ère nouvelle. Bref, le retour des officiers aux commandes des pays, ne semblent pas déranger. Les populations voient en eux des sauveurs qui viennent les affranchir de la tutelle des dirigeants civils jugés moins aptes à régler les problèmes qui s’imposent à la société, notamment l’insécurité, la corruption, l’injustice sociale, le tout enveloppé dans ce qu’il convient d’appeler la pauvreté.
La majorité des pays francophones de l’Afrique de l’ouest fait face à ces divers problèmes existentiels qui amènent les populations à afficher une hostilité envers les dirigeants. Hormis la pauvreté qui dicte sa loi, la vie chère vient parachever l’étranglement des ménages. Même si l’on estime que ces maux se sont imposés à tous en raison de la situation sanitaire mondiale dominée par le covid 19, force est de constater que certains faits et gestes des dirigeants militent en faveur de la déconfiture. C’est la lecture que font de jeunes officiers qui se voient aussi des capacités à changer la donne dans leur pays.
La lecture peut être biaisée. Sauf que les dirigeants civils se sont rendus coupables de prévarication, de gabegie et parfois versés dans des réseaux mafieux aux tentacules insondables. Le fait est que pendant que le peuple ploie sous la misère, certains dirigeants s’ennuient avec d’immenses ressources du pays. Des bamboulas par ici, des mallettes de billets de banques et des pierres précieuses convoyées en occident pour alimenter les circuits douteux, alors que leurs compatriotes peinent à s’offrir le minimum vital. Ces anomalies de gouvernance, bien que décriées par les populations, ont encore la peau dure. Car la plus part du temps, les autorités civiles font recours aux hommes en uniformes pour mater les velléités de contestation. On en voit souvent dans certains pays de la zone. Il va sans dire que les populations caressent aussi l’envie de booter leurs affameurs hors des palais. Malheureusement, celles-ci ne disposent pas à proprement parler de moyens pour réaliser leur désir. Ce qui n’est pas le cas avec les militaires.
Les colonels qui ont pris les armes contre leurs dirigeants, sont aussi dans le même état d’esprit que les civils. Contrairement aux civils dont l’arme ne se résume qu’aux manifestations de rue, les hommes en uniformes savent se faire respecter par la puissance de feu en leurs mains. Pour la majorité, ce sont de jeunes officiers qui ne considèrent même pas la hiérarchie militaire accusée de s’acoquiner avec des dirigeants vomis. Mais la question qui préoccupe est de savoir si ces officiers sont capables de renouveau ?
Officiers prestidigitateurs ?
Ils ont l’air de justicier. Celui de la Guinée évoque l’injustice sociale et les dérives autoritaires de celui qu’il a évincé. Selon lui, il aurait fallu quelqu’un pour arrêter Prof Alpha Condé dans sa descente aux enfers. Le nouveau homme fort de Conakry soutient donc que sa prise du pouvoir est motivée par la détérioration de la cohésion sociale au lendemain de la réalisation du très contesté troisième mandat. Il était donc de salubrité publique d’évincer le monstre Condé Alpha, pourtant arrivé au pouvoir sous le label de démocrate. Au Mali, le colonel putschiste évoque les raisons sécuritaires. Il pointe du doigt le manque de flegme du président civil à organiser une vigoureuse offensive contre les terroristes. Il a réclamé en vain un arsenal performant devant placer les forces régulières en position de supériorité face aux bandits armés. Face à ce qu’il considère comme une insensibilité devant les récurrents revers subis par l’armée, il était important de prendre les choses en main. C’est aussi les mêmes raisons qui ont poussé le colonel burkinabé à déposer Kaboré.
Tout semble donc bien
justifié. Et l’on peut être tenté de croire que ces militaires
putschistes vont apporter le salut dans ces différents pays. Ils disent ne pas aussi se présenter à l’élection à la
fin de la transition. Seulement, il faut s’empresser d’ajouter que ces coups
d’Etat forcent les populations à faire un saut dans le vide. C’est presqu’un pari risqué.
La réalité est que ces colonels versent
déjà dans un populisme qui finira par
glisser sur le terrain du culte de la personnalité. Ce faisant, il n’est pas
exclu les dérives despotiques voire des velléités de faire taire des voix
critiques. Car, moulés dans la gestion
des situations par la force brutale et la baïonnette, il est à craindre des
jours sombres semblables à l’époque des
régimes dirigés par la vague des
militaires brutaux des années après les indépendances. La démocratie est en
danger.
